ARTISTES

Pierrette REQUIER

Poète, dramaturge, productrice et mentore
Née en 1949 à Donnelly, en Alberta, habite à Edmonton depuis 1976

Pierrette REQUIER

Dès que la poésie l’a interpelée, Pierrette Requier serait poète de l’oralité pour créer un lien direct avec sa communauté. Sans maison d’édition pour soutenir la littérature d’expression française en Alberta[1], la poésie vivrait dans la rue ou dans les cafés d’Edmonton, peu importe les lieux où elle pourrait organiser des événements littéraires bilingues; et les gens viendraient.

Dans cet esprit de partage, elle a multiplié les occasions d’être présente et active sur le terrain en s’associant à la Stroll of Poets Society of Edmonton, la Writers’ Guild of Alberta, la Canadian Authors Association, la League of Canadian Poets et, dès sa fondation en 2002, à la seule organisation d’artistes francophones de sa province, le RAFA[2]. Au cours des années, Pierrette offre de nombreux ateliers, est poète-mentore[3] en plus de participer à des festivals et à des conférences un peu partout au Canada. En 2012, elle est l’initiatrice de French Twist, le seul événement francophone du festival de poésie d’Edmonton qu’elle anime pendant sept ans.

En 1999, Pierrette Requier crée les WindEye Writing Seminars qu’elle a dirigés jusqu’en 2016 et qu’elle décrit comme étant « un espace et une méthode de création pour les auteurs, émergents et professionnels, pour diverses formes d’écriture, dont le spoken word ». Tout de suite, le terme « wind eye », ou l’œil du vent, est évocateur. De fait, il est la racine du mot « window », du norrois vindauga. Le concept suggère une ouverture vers un espace illimité pour susciter la création de textes, sans contrainte et sans jugement. Considérant que Pierrette, « fille du vent », a grandi dans les grands espaces de Rivière-la-Paix, dans le nord de l’Alberta, une telle approche à l’écriture est toute naturelle.

Ainsi, la poète du Nord est arrivée en ville avec ses deux langues. Pour elle qui « a toujours vécu entre deux langues et composé avec deux langues qui se parlent constamment », c’était inévitable que le français et l’anglais se côtoient dans son écriture. Mais il lui a fallu du temps, car « être fidèle à son texte […] demande à l’artiste de franchir le mur de l’étroitesse d’esprit ». Ce mur, elle l’a franchi en reconnaissant que son « bi-langue-uisme » était son identité. « Il existe en moi un esprit playful qui m’a permis de jouer avec les mots, de me garrocher dans le processus en riant de moi-même. » Dès lors, elle n’a plus hésité à se qualifier d’artiste franco-albertaine bilingue. « À un moment donné, j’ai compris que j’aurais à accepter les risques de l’innovation. »

Et elle est retournée aux sources pour écrire un cycle de poèmes en prose dans lequel elle « raconte des histoires dans le dialecte anglais/français du nord de l’Alberta ». Frontenac House de Calgary publie details from the edge of the villagedans le cadre de son Quartet 2009. Plus tard, Pierrette fait une adaptation du recueil en français, Petites nouvelles du Last Best Ouest[4]. Toujours dans sa lancée, elle écrit la pièce Les Blues des oubliées, mise en scène par L’UniThéâtre en 2015. « Ma pièce a dérangé, bouleversé, offensé, et je m’y attendais, dit-elle […], mais ma responsabilité créatrice m’a appelée à aller puiser et trouver une vérité plus profonde que ma peur. »

En 2015, Pierrette Requier, qu’on a qualifiée de « plume du Nord », est nommée la sixième Poète officielle de la ville d’Edmonton pour un mandat de deux ans. Période intense pendant laquelle elle est impliquée dans plus de quatre-vingts activités qu’elle entreprend ou auxquelles elle est invitée.

Si, comme elle l’a dit, écrire de la poésie est « terrifiant et amusant », la poète de l’oralité franco-albertaine porte en elle sa grande prairie. Tel qu’elle décrit ce vaste territoire, c’est tentant de l’associer aux mystères et aux caprices mêmes de la création poétique. « Sa beauté terrible, son immensité […] où l’on ressent aussi l’impossibilité de “settler” ce grand rien, “an unsettling settling”. Où l’on se sent parfois nu, et parfois complètement invisible et dépassé, même englouti, comme si on ne compte pas. On voudrait se cacher, se blottir contre quelque chose de plus douillet, de confortable. Et étant humain, on veut se montrer, se faire voir, se faire valoir puisque nous avons bel et

[1] En 1975, Marcel Duciaume fonde les Éditions de l’Églantier. Mais la maison ferme ses portes en 1978.

[2] Regroupement artistique francophone de l’Alberta.

[3] Pour la Writers’ Guild of Alberta et à l’Université Grant MacEwan.

[4] Éditions de la nouvelle plume, printemps 2022.

 

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