ARTISTES

Emma MORIER

Emma MORIER

Emma Morrier (1872-1951) est femme à l’esprit universel, une véritable femme orchestre centrée sur les arts et la culture. Cette « renaissance woman » s’adonne à la fois à la musique, à la peinture, à la dramaturgie et au journalisme.

De fait, on trouve, dans la collection Peel de l’Université de l’Alberta, sous la rubrique Chroniques de l’Alberta (1934-1938) dans la page féminine du journal franco-albertain La Survivance, une sélection de 195 chroniques d’Emma Morrier publiées sous son nom de plume, Madrina. Emma, à la barre de cette rubrique féminine, y aborde une variété de sujets tels les arts, le patriotisme, l’éducation, le rôle des femmes et la religion.

C’est à Edmonton qu’Emma Morrier est sacrée autrice : « Sa pièce de théâtre intitulée «Bon sang ne ment pas» est considérée comme étant la PREMIÈRE pièce originale franco-albertaine. La pièce, fut produite en 1935 par la Société d’art dramatique de Saint-Joachim à Edmonton et remporta le PREMIER prix au Festival dramatique régional de l’Alberta (la seule pièce de langue française sur les 17 pièces en compétition en 1935!). La pièce d’Emma Morrier fut également choisie pour représenter l’Alberta au Dominion Drama Festival à Ottawa. En 1936, Mme Morrier a publié un ouvrage présentant quatre de ses pièces. Il s’agissait du PREMIER ouvrage publié par une Canadienne-française en Alberta. » Les Elles du Canada français 1867-2017. (Internet)

Fait intéressant à noter par rapport aux frais de déplacement de la distribution de Bon sang … vers Ottawa, les francophones s’étaient cotisés pour lui venir en aide et le Gouvernement de l’Alberta avait également contribué 200$ vers ces dépenses; Emma elle-même avait peint les tableaux qui servaient de décor afin de « […] créer une atmosphère de l’Alberta » (Le Droit, 18 avril 1935, p. 6).

Ce qui poussait Emma Morrier à écrire, c’était sa fibre patriotique : « La cause, c’est celle du français. En demeurant de vrais Canadiens français, on devient meilleurs Canadiens tout court et l’on peut aider davantage sa province. » Gareau, Laurier, Emma Morrier, Quatre essais de théâtre national, Inédit, chez l’auteur.

Cette native d’Ottawa (Canada), née Gravel, épouse Arthur Arcand, un artiste et enlumineur de renom attaché au Secrétariat d’État à Ottawa. Avec lui, elle se rend à Paris où elle étudie la peinture avec Louise Maréchal et le chant avec Mme Forbes-Brégnac. De retour en Amérique du Nord, elle étudie la musique au Conservatoire de Chicago. Au Canada, elle enseigne le chant et la musique et s’adonne à la peinture. Prématurément veuve en 1905, Emma Gravel-Arcand épouse l’ingénieur-civil Joseph-Eldège Morrier en deuxième noces en 1908. Ils habitent à Prince-Albert, où Emma donne naissance à un fils, Roland Morrier. Roland (1914-1981), communément appelé « Ron », qui devient chroniquer sportif, plus précisément de la boxe et qui, pendant plus de vingt ans (1960-81), anime la célèbre émission All-Star Wrestling sur BCTV (Vancouver).

Emma partage avec son fils un certain talent artistique, notamment celui du chant, mère et fils (premier « associé » du Regina Conservatory of Music) partageant parfois la scène (La Survivance, 26 février 1936, p. 1). Emma, une femme en constante recherche de savoir qui n’avait de cesse d’approfondir ses connaissances sur tout ce qui l’intéressait et qui lui était cher, transmet cette qualité à son fils unique, car Ron étudie chez les Jésuites au Manitoba, puis devient titulaire d’un BA de l’Université de l’Alberta.

La langue française, si chère au cœur d’Emma Morrier, a fait en sorte que son fils est devenu un parfait bilingue ; il sera à l’emploi de la station CFRN à Edmonton en tant que producteur et animateur bilingue, radio et télévision. Notons que CFRN diffusait sur ses ondes l’émission « Ici l’on parle français », animée par Ron.

De la Saskatchewan, les Morrier se rendent à Montréal (QC) dans ce qui s’avère un séjour de quatre années avant de revenir dans l’Ouest s’installer à Edmonton en 1932, où dès leur arrivée, Emma expose de ses œuvres à l’hôtel McDonald. Emma poursuit sa carrière de chroniqueuse, sa passion pour la peinture, l’enseignement du chant et de la musique, tout cela en plus de mener une carrière d’autrice.

Joseph-Eldège Morrier est décédé en 1940. L’année suivante, elle emménage avec Ron dans la Annamoe Mansion du quartier Oliver à Edmonton. Lorsque Ron est embauché par la Société Radio-Canada à Winnipeg, Emma lui rend occasionnellement visite, puis déménage définitivement à Montréal en 1946. Elle y ouvre un studio de peinture et participe à plusieurs expositions de ses œuvres. Elle décède en 1951 à l’âge de 79 ans.

Le nom d’Emma Morrier persiste de nos jours, car son mari, Joseph-Eldège Morrier (arpenteur fédéral), fait en sorte qu’un lac à 35 kilomètres au nord de Prince Albert (Saskatchewan) porte le prénom de celle de son épouse, une « renaissance woman » hors pair.

Les œuvres d’Emma Morrier

1938 « La France », poème, La Survivance, Supplément, 2 mars, p. 2.
1938 « Le printemps », poème, ibid, 4mai, p. 1.
1934 Bon Sang ne ment pas
1936 Quatre essais de théâtre national, préface de Valérie Phaneuf-Boulanger
Sous le pseudonyme Madrina
1921 « Encore seuls », poème en prose, PO (Patriote de l’Ouest), 12 janvier, p. 5.
1921 « Les Lettres », conte, ibid., 16 novembre, p. 2.

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